La fête des mères quand tu n’as pas d’enfants…

Quand on pense à la fête des mères, on pense inévitablement aux femmes qui sont enceinte ou qui ont des enfants. Ce qui est normal, car à peu de mots près, c’est pas mal la définition d’être mère. Sauf qu’il y a les autres aussi. Celles qui voudraient tellement être mère, mais qui ne le sont pas ou même qui ne le sont plus. Pour une femme qui n’arrive pas à tomber enceinte, la fête des mères est ce que la St-Valentin est pour les célibataires. Pour moi, la fête des mères est un jour comme les autres, mais pour ces femmes, c’est un jour qui leur rappelle trop bien ce qu’elles ne sont pas.

Le désir d’une grossesse 

Pour avoir longtemps désirée une grossesse, je suis déjà passé par là. Ça m’a pris 14 mois pour tomber enceinte une première fois. Aujourd’hui, je suis consciente que c’est très peu comparé à d’autres, mais quand tu es de-dans, l’attente est toujours longue. En plus de la fête des mères, il y a toujours quelqu’un quelque part pour te rappeler que tu n’es pas mère. Tu vois des grossesses partout. Parfois, un proche veut bien faire en te disant qu’il suffit d’arrêter d’y penser. Car tout le monde connait un couple qui a eu un enfant après plusieurs années d’essais infructueux le jour où ils ont arrêté d’y penser.

La vérité, c’est que quand tu essaies, tu y penses tout le temps. Ça commence à te hanter avant même que tu ne sortes du lit, car tu dois prendre ta température sans bouger pour ne pas fausser ta courbe. Tu fais des tests d’ovulations, tu prends du sirop pour la toux sans la mention DM pour liquéfier tes glaires, tu regarde le calendrier pour savoir c’est quand le  »bon moment » de faire un bébé, tu te bourres de vitamine et en refile à ton homme tout en lui interdisant de travailler avec son portable sur ses cuisses pour protéger ses petits spermatozoïdes…Bref, tu y pense partout, tout le temps !

Tu te mets à en vouloir à celles qui tombent enceinte rapidement, tu ne peux pas croire que l’on puisse fêter ses 9 mois de couple le jour de l’accouchement ! Tu en veux aussi aux filles qui tombes enceinte par  »accident ». Tu ne veux pas juger, mais c’est plus fort que toi quand tu entends des histoires du genre:  »On ne se protégeait pas, mais ce n’était pas prévu ». Toi tu ne te protèges pas, car bébé est justement prévu, mais il n’arrive pas. Tu en viens à te demander elle est où la justice, mais en matière de fertilité, il y en a juste pas. Si la vie était juste, tu l’aurais ton bébé. C’est complètement irrationnel, mais tu trouves ça si futile d’entendre celles qui s’essayent depuis 1 mois ou 2 se plaindre que ça ne  »pogne » pas.

Tu fais tellement de tests de grossesse que tu pourrais avoir des parts dans la compagnie. C’est toujours pareil, tu commences avec un test du Dollorama (parce que c’est moins cher, tsé), tu en achète 2, un pour tout de suite qui ne fonctionnera pas, car ce n’est pas l’urine du matin et un pour le lendemain matin. Tu es rendue à 2 tests négatifs, mais c’est normal après tout, ce sont des tests du Dollo. C’est là que tu vas t’acheter un Première réponse à 15$. Parce qu’en plus de te dire  si t’es enceinte, il te dit depuis combien de temps tu l’es. Wow, tout une aubaine  de payer 15$ pour se faire dire que t’es pas enceinte depuis 0 semaine ! Tu pourrais te retrousser les manches pour recommencer, mais conseil d’amie, retrousse ta jupe à la place ! Parce que oui, il y aura toujours un clown pour te dire que si ça ne marche pas, c’est peut-être parce que toi et ton conjoint ne savez pas comment faire !

Quand bébé part trop tôt…

Des fois, la cigogne arrive rapidement, mais bébé décide de quitter son nid trop tôt. Là encore, tu auras droit à toutes sortes de commentaires stupides. Je dis stupides, mais je devrais plutôt dire maladroits,  car les gens ne savent pas toujours comment réagir au sujet de la fausse couche. C’est difficile pour certains de comprendre que tu as perdu un bébé que tu as désiré et aimé durant quelques jours, semaines ou mois. Il peut même y avoir un ami maladroit qui te demandera de te vendre tes trucs de bébé, car tu as perdu le tien #truestory Sinon on te dit:  » Au moins tu sais que tu peux tomber enceinte ». Wow. Je comprends l’intention, mais ça sert à quoi si je ne peux pas garder le bébé ? Saches que la douleur ne durera pas toute ta vie. Elle finira pas s’estomper, même si tu n’oublieras jamais. Sans le remplacer, un nouveau bébé pourrait mettre un baume sur ton cœur. Même si mes 2 premières grossesses n’ont pas été aussi proches que je l’aurais souhaitée, je me dis souvent que si je n’avais pas perdu ce petit ange, Evan ne serait pas là…

C’est difficile par moment de se sentir comprise quand on a vécue une fausse couche ou que l’on est dans des essais-bébé qui n’aboutissent pas. Comme j’étais la première de mes amies de mes amies à vouloir un bébé, je n’avais pas beaucoup d’oreilles pour m’écouter. Je me suis tournée vers les forums de mamans, mais même encore, j’avais de la difficulté à y trouver ma place  qui se situait quelque part entre la fille qui se plaint de ne pas être enceinte dès le premier mois d’essais et celle qui tente plusieurs traitements de fertilité, sans succès. C’est maintenant que je réalise que j’ai eu de la chance puisque le problème était simple à régler. J’étais très régulière et pouvais être jusqu’à 3 mois sans avoir de menstruations et j’ovulais rarement. Après 13 mois d’essais sans succès, je me suis fait prescrire du clomid pour ovuler et ça a tout de suite fonctionné, je suis tombée enceinte de bébé 1. Dès mon retour de couche, je suis retombée enceinte, mais j’ai perdu le bébé à 12 SA. 5 mois plus tard, c’était au tour de bébé 2 de se faire une place en moi. Et à notre grande surprise, bébé 3 est arrivé au premier mois d’essai. C’est drôle à dire, mais ma première grossesse m’a fait devenir régulière, ce qui a facilité les essais par la suite.

Ma vie avec un scientifique

Je ne peux pas arrêter d’écrire sans parler de Ma vie avec un scientifique. Cette BD qui a été écrite par India Desjardins et illustrée par Estelle Bachélard est  LA bande dessinée que j’aurais aimée lire il y a 12 ans. La lire aujourd’hui m’a replongé dans tous ces souvenirs. Je ne l’ai pas reçu pour le blogue, on ne me paye pas pour en parler, je l’ai achetée et en parle quand car j’en ai envie. Même si la famille est finie ici, je devais me la procurer. Je trouve ça tellement audacieux de s’être attaqué avec humour à un sujet aussi sérieux ! C’est drôle, c’est touchant, mais surtout, ça permet de faire comprendre cette réalité au gens qui ne la connaissent pas. C’est tellement une épreuve difficile pour un couple de passer part l’infertilité et certains finissent malheureusement par se séparer. India Desjardins a dit qu’elle a écrit cette BD car elle avait besoin de mettre en mots et en image ce qu’elle vivait. Je la trouve tellement généreuse de nous avoir laissé entrer dans son intimité en s’inspirant de plusieurs petits faits vécues. Je m’y suis reconnue plus d’une fois pour avoir été une testeuse compulsive, pour avoir eu à dealer avec certains commentaires malhabiles ou pour les petites chicanes de couple que ça engendrait. J’ai aussi aimée qu’on voit le côté de l’homme aussi. Car même si c’est la mère qui porte l’enfant, il ne faut pas oublier qu’on est 2 dans tout ça. J’adore les dessins de Bach aussi. La BD est en noir et blanc, mais avec des touches de rose et de bleu, ce qui la rend plus joyeuse. Même quand on est passé par là, on ne sait jamais quoi dire, alors cette BD est une belle attention.

Si vous ne savez pas quoi dire à un couple vivant cette situation, ce n’est pas grave. L’important, c’est d’être là pour écouter.

Je tiens donc à souhaiter une belle fête des mère à à toutes les mamans, mais j’ai une pensée particulière pour celles qui vivent l’infertilité.

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